
Julien Serge Abouem (Gauche) et Bello Bourdane (Droite)
Alors que le championnat national de volleyball devait reprendre ses droits, une guerre de tranchées juridique et administrative entre Julien Serge Abouem et Bello Bourdanne paralyse la discipline. Entre décisions de justice ignorées et cacophonie préfectorale, l’affaire dépasse désormais le cadre des filets pour devenir un véritable cas d’école de dérèglement administratif.
Le volleyball camerounais, autrefois fleuron du sport national, est-il en train de devenir le théâtre d’une inquiétante déliquescence de l’État de droit ? C’est la question qui brûle les lèvres des observateurs à Yaoundé, alors que la Fédération camerounaise de volleyball (Fecavolley) s’enfonce dans une crise de légitimité sans précédent.
Une rentrée sportive sacrifiée sur l’autel de la discorde
Dans un communiqué officiel daté du 13 janvier 2026, la fédération dirigée par Julien Serge Abouem a annoncé le report de la première journée de la Camtel Volleyball Championship, initialement prévue les 17 et 18 janvier au Collège Sport-Études Johnston. Officiellement, le texte invoque des raisons de « stratégie liée à l’amélioration de l’écosystème ».
Mais entre les lignes, le malaise est profond. La présidence légale dénonce la volonté de « ne pas se livrer en spectacle » face à l’organisation parallèle d’un « pseudo-championnat » par des individus se réclamant élus, mais dont la légitimité est fermement contestée par l’instance fédérale. En cause : la faction menée par Bello Bourdanne, qui a choisi de défier le calendrier officiel en organisant ses propres compétitions aux mêmes dates.
L’onction de la Cour Suprême face au soutien du Minsep
Pourtant, sur le plan judiciaire, le débat semble clos. La Cour Suprême du Cameroun a formellement reconnu Julien Serge Abouem comme le Président légal et légitime de la Fédération camerounaise de volleyball. La haute juridiction a en effet ordonné la suspension de l’arrêt 679/REF du 22 septembre 2023 de la Cour d’Appel du Centre, qui servait jusqu’alors de base à la contestation de son mandat.
C’est ici que le dossier prend une tournure éminemment politique. Malgré cet arbitrage de la plus haute instance judiciaire du pays, Bello Bourdanne continue de bénéficier de l’adoubement ostensible du ministre des Sports et de l’Éducation physique, Narcisse Mouelle Kombi. Ce décalage entre la légalité judiciaire et le soutien de la tutelle administrative installe un climat de confusion totale au sein du mouvement sportif.
Cacophonie administrative : deux arrondissements, deux mesures
Cette dualité au sommet se répercute jusqu’aux échelons locaux de l’administration territoriale, offrant le spectacle d’une gouvernance à deux vitesses. D’un côté, la rigueur de Yaoundé II : le sous-préfet a rappelé que « nul n’est au-dessus de la Loi » en interdisant toute manifestation projetée par le camp Bourdanne dans son unité de commandement.
De l’autre, l’énigme de Yaoundé V. Malgré les saisines formelles et l’autorité de la chose jugée par la Cour Suprême, le sous-préfet de cet arrondissement a choisi de délivrer un récépissé de déclaration de manifestation à la faction Bourdanne.
Un péril qui dépasse les parquets de sport
Au-delà du calendrier sportif, c’est l’image d’un Cameroun respectueux de ses propres institutions qui joue sa survie dans ce duel de smashs administratifs. À Yaoundé, beaucoup se demandent désormais si la raison saura restaurer l’autorité de la Loi avant que le volleyball camerounais ne soit définitivement mis hors-jeu par ce conflit de légitimité qui remonte jusqu’aux sommets de l’État.




