Boxe : Tony Yoka tourne le dos à la France et embrasse la RDC

Boxe : Tony Yoka tourne le dos à la France et embrasse la RDC

Il a décroché l’or olympique sous le drapeau tricolore à Rio en 2016. Dix ans plus tard, Tony Yoka brise tout. Le poids lourd français d’origine congolaise a officiellement annoncé le 23 février 2026 son changement de nationalité sportive. Il combattra désormais pour la République Démocratique du Congo. Un coup de tonnerre qui va bien au-delà du sport.

C’est un message posté sur X qui a mis le feu à la toile. Une photo de sa nouvelle licence, quelques mots forts, et une décision qui chamboule une décennie d’histoire. Tony Yoka, champion olympique 2016 à Rio sous le drapeau français, a décidé, presque dix ans plus tard, de changer de nationalité sportive. Il boxera désormais pour la République démocratique du Congo, le pays de son père.

Dans son message, le colosse de 33 ans a choisi ses mots avec soin : « Je suis fier de pouvoir faire rayonner la République démocratique du Congo aux yeux du monde ainsi que de pouvoir honorer ma parole et rendre hommage au ministre Didier Budimbu qui me fait confiance dans cette aventure. »

Voilà. Le pont est coupé. Le natif de Paris, double olympien sous les couleurs françaises — Londres 2012 puis Rio 2016 — appartient désormais à l’Afrique.

Un choix mûri, une décision assumée

Ne cherchez pas l’improvisation dans cette décision. Ce choix, mûri depuis plusieurs mois, s’inscrit dans un rapprochement progressif entre le pugiliste et les autorités sportives congolaises. Après de multiples échanges, initiatives communes et signaux forts de part et d’autre, Tony Yoka a décidé de franchir le pas.

Les signes étaient là. Reçu le 19 février par le président de la République Félix-Antoine Tshisekedi à la Cité de l’Union africaine, le Français de naissance a présenté sa médaille olympique conquise à Rio en 2016. Il s’était également rendu à Kasangulu, dans la région de Kongo Central, pour soutenir un club local et boxer avec de jeunes talents. « Fier d’avoir pu soutenir le club de Kasangulu. Le début de beaux projets ici », avait-il alors écrit, le 15 février.

Un homme qui se cherche une nouvelle terre ? Non. Un homme qui retrouve ses racines.

Los Angeles 2028 : la cible congolaise

Derrière l’émotion, il y a une stratégie. Yoka représentera désormais la RDC, avec l’objectif de monter sur le podium à Los Angeles dans deux ans. L’ambition est énorme, mais l’homme en a les moyens. Le natif de Paris a participé à deux éditions des Jeux olympiques avec la délégation française, à Londres en 2012 et à Rio de Janeiro en 2016, où il a décroché l’or en +91 kg.

Pour la RDC, ce serait historique. Le pays n’a jamais décroché de médaille d’or olympique. Tony Yoka pourrait en être le premier artisan — dans la catégorie reine des poids lourds.

Le ministre des sports congolais, Didier Budimbu, ne s’en cache pas. Il se félicite de ce « renfort de taille » qui « marque la volonté de renaissance » de la boxe congolaise sur la scène internationale, avec pour mission affichée de viser « l’or olympique pour la RDC. »

Bien plus qu’un boxeur : un bâtisseur

Ce qui rend ce projet singulier, c’est qu’il dépasse largement les cordes du ring. Selon un message publié par Didier Budimbu, Tony Yoka entend « porter le drapeau congolais sur le ring avec une licence nationale », « former l’élite de demain via une académie de boxe dédiée », viser « l’or olympique pour la R.D. Congo » et « promouvoir la marque pays, « RDCongo : cœur de l’Afrique » sous le volet sportif ».

Une académie de boxe pour former les champions de demain. Un engagement structurel de long terme. Yoka ne vient pas faire un passage éclair — il vient construire.

Le spectre Bakole : un combat de légende en vue

Dans les coulisses, une affiche fait déjà saliver les amateurs de boxe du continent. Un objectif sportif de premier plan se dessine : l’organisation d’un combat en RDC face à Martin Bakole, figure majeure de la catégorie. Le stade des Martyrs de Kinshasa est évoqué comme le lieu privilégié, même si aucune date n’a encore été fixée.

Les deux hommes ont une histoire. C’est Bakole — boxeur lui-même d’origine congolaise — qui avait infligé à Yoka sa première défaite professionnelle. Depuis, les provocations mutuelles sur les réseaux sociaux ont entretenu une flamme. Ce changement de nationalité sportive est aussi un excellent moyen de relancer sa carrière. À condition de gagner.

Un Yoka-Bakole à Kinshasa, devant des dizaines de milliers de spectateurs ? Le rêve est là. Il n’attend plus que la date.

Un bilan pro solide pour repartir à la conquête

Le dernier combat de Tony Yoka a eu lieu en décembre 2025. Lors d’une réunion au Nigeria, le poids lourd avait aisément dominé Patrick Korte, enchaînant une quatrième victoire d’affilée, après avoir connu une série de trois défaites, ses trois premières en pro. Bilan total : 15 victoires, dont 12 par KO, pour 3 défaites. Un palmarès de classe mondiale, désormais au service d’une nation africaine.

À 33 ans, Tony Yoka ne recule pas. Il revient aux sources. Et les sources, cette fois, ont des couleurs : le bleu, le jaune et le rouge de la République Démocratique du Congo.

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