141 buts, un trophée FIGH de meilleure joueuse étrangère et une influence grandissante sur le handball européen : à 24 ans, l’arrière camerounaise s’est imposée comme l’une des références de la Serie A1.
Son prénom n’est peut-être pas encore dans toutes les bouches en dehors des cercles handballistiques, mais sur les parquets italiens, on connaît sa valeur par cœur. Laeticia Pétronie Ateba Engadi, arrière gauche de 24 ans originaire de Nkoteng, au Cameroun, est en train d’écrire l’une des plus belles pages du handball africain en Europe. Sa trajectoire, à la fois fulgurante et construite avec rigueur, est le miroir d’une génération de sportives camerounaises qui ne veulent plus seulement participer — elles veulent dominer.
141 buts : une machine à scorer qui n’a pas fini
141 buts inscrits en Serie A1 cette saison. Ce chiffre, à lui seul, résume la démesure offensive de Laeticia Ateba Engadi. Il témoigne d’une puissance de tir redoutable — sa frappe de l’arrière gauche est l’une des plus redoutées du championnat —, d’une précision chirurgicale à distance et d’une capacité instinctive à trouver les failles dans les blocs défensifs les plus hermétiques. Sur les statistiques individuelles du championnat, son nom revient systématiquement parmi les premières réalisatrices.
Mais réduire Ateba Engadi à ses buts serait injuste. Son impact va bien au-delà du tableau d’affichage. La Camerounaise est une joueuse de handball complète : elle lit les transitions offensives à une vitesse déconcertante, crée des surnombres par ses déplacements et ses décisions rapides, génère des contre-attaques qu’elle conclut aussi souvent qu’elle les initie. Sa mobilité dans les couloirs défensifs adverses lui permet d’exploiter le moindre déséquilibre — un appui, une pointe de vitesse, une feinte de corps — pour se retrouver dans la position idéale de frappe.
Un parcours qui force l’admiration
De Nkoteng aux parquets de Serie A1
L’histoire de Laeticia commence à Nkoteng, dans la région du Centre, au sein d’une famille où le handball coulait déjà dans les veines : sa mère a pratiqué la discipline à un niveau amateur, posant les premières graines d’une vocation. C’est à la Fondation André Nziko (FANZ) que la jeune Laeticia forge ses premiers automatismes, développe son explosivité naturelle et commence à attirer les regards. Dès 2019, à seulement 17 ans, la fédération camerounaise de handball (FECAHAND) l’intègre dans la sélection nationale pour les éliminatoires aux Jeux africains. Le pari est osé. Il sera plus que justifié.
La consécration africaine avant l’Europe
Sur la scène continentale, Ateba Engadi s’illustre rapidement. Au Championnat d’Afrique 2021 à Yaoundé — disputé sur ses terres —, elle est l’une des pièces maîtresses d’une sélection camerounaise qui atteint la finale contre l’Angola. Une médaille d’argent qui sonne comme une promesse. Elle enchaîne ensuite avec les Championnats du Monde 2021 en Espagne, puis les CAN 2022 à Dakar et le Mondial 2023 : autant de compétitions où la latérale gauche de Nkoteng peaufine son jeu et se fait remarquer par les recruteurs européens.
- Médaille d’argent — CAN Handball féminin 2021 Yaoundé (Cameroun) · Battu en finale par l’Angola
- Supercoupe d’Italie — HB Erice Vainqueure avec AC Life Style Erice, Serie A1 italienne
- Coupe d’Italie — HB Erice Vainqueure avec AC Life Style Erice, Serie A1 italienne
- FIGH Award — Meilleure joueuse étrangère de Serie A1 Prix Pavel Jurina · Fédération Italienne de Handball · Édition 2024
- Nominée FIGH Award — Meilleure joueuse étrangère 2025 Finaliste du Prix Pavel Jurina · Cérémonie prévue le 27 février 2026, Riccione
- Participations aux Championnats du Monde Espagne 2021 · Danemark/Norvège/Suède 2023 — avec les Lionnes du Cameroun
Une joueuse qui transcende son poste
Ce qui distingue Laeticia Ateba Engadi des simples buteuses de son championnat, c’est sa polyvalence tactique. À l’arrière gauche, elle n’attend pas simplement le ballon pour décocher sa frappe. Elle participe à la construction du jeu, active les rotations, crée les décalages pour ses coéquipières. Son efficacité en supériorité numérique — que ce soit sur coup de pied franc ou sur phase de jeu libre — est redoutable : la défense adverse doit constamment surveiller deux menaces simultanées, ce qui crée des espaces que ses partenaires exploitent.
Sa lecture des transitions défense-attaque est particulièrement impressionnante. En une fraction de seconde, après une récupération de balle, Ateba Engadi identifie le meilleur couloir de progression et lance un contre-attaque qui laisse peu de chances à des défenses qui n’ont pas fini de s’organiser. Cette qualité, rare chez une joueuse de son âge, est le fruit d’années de travail mental et physique — d’une capacité à lire le jeu qui se conjugue avec une explosivité athlétique hors norme.
« Laeticia, c’est une joueuse qui prend des décisions avant même de recevoir le ballon. Ce n’est pas si courant. Elle voit le jeu d’une manière qui m’a impressionné dès ses premières semaines avec nous. »— Un entraîneur de Serie A1, évoquant sa joueuse
Le symbole d’une Afrique qui conquiert l’Europe
Laeticia Ateba Engadi n’est pas seulement une joueuse de handball. Elle est un symbole. Le symbole d’une Afrique du handball qui, depuis plusieurs années, exporte ses talents dans les meilleurs championnats européens — Allemagne, Danemark, France, Espagne — et commence à s’y imposer durablement. Le symbole aussi d’un Cameroun du handball qui, malgré des moyens plus modestes que certains de ses voisins, forme des joueuses de haut niveau grâce à la passion, à la rigueur et à l’excellence de structures comme la FANZ.
Quand la Fédération Italienne de Handball (FIGH) lui remet le Prix Pavel Jurina de la meilleure joueuse étrangère de Serie A1, ce n’est pas seulement un trophée individuel qu’elle reçoit. C’est la reconnaissance d’un continent entier, de tout un pays, de toutes celles qui rêvent à Nkoteng, à Yaoundé, à Douala, d’aller un jour rugir sur un parquet européen. Sa nomination pour la deuxième année consécutive aux FIGH Awards 2025 — dont la cérémonie est prévue le 27 février à Riccione, lors des Finals de Coupe d’Italie — confirme que son influence sur le championnat ne faiblit pas.



