Trophée des champions : Colombe dans l’œil du cyclone

Trophée des champions : Colombe dans l’œil du cyclone

En quittant la pelouse du stade militaire de Yaoundé à vingt minutes du terme, sous les yeux de Samuel Eto’o, de Roger Milla et de Rigobert Song, la Colombe Sportive du Dja et Lobo n’a pas seulement gâché une fête. Elle s’est placée en état de danger réglementaire. La liste des sanctions qui l’attendent est longue — et potentiellement dévastatrice pour son saison en cours.

Le chronomètre marquait 69 minutes lorsque tout a basculé. Suite à un penalty accordé par l’arbitre Biel Kolondo à la Panthère Sportive du Ndé — que la Colombe a jugé injustifié — Richard Towa a donné l’ordre à ses joueurs de quitter le terrain. Une décision qui, en l’espace de quelques minutes, a transformé ce qui était censé être la grande vitrine du football camerounais en cauchemar institutionnel. Malgré les injonctions répétées du trio arbitral de reprendre la partie, conformément aux Lois du Jeu, le Champion du Cameroun 2025 n’est pas revenu sur sa décision. Après l’observation du délai réglementaire, l’arbitre central a mis fin à la rencontre, ainsi que cela ressort unanimement des rapports officiels du trio arbitral et du Commissaire du match.

La Fecafoot saisit ses commissions : le dossier est ouvert

La réaction de la Fédération ne s’est pas fait attendre. Dès le soir du 26 février, dans un communiqué publié par le Secrétaire général Isaac Noé Mandang, le ton est monté d’un cran. Tous les rapports de la rencontre ont été transmis aux commissions juridictionnelles compétentes afin d’établir les responsabilités. La Fecafoot relève et regrette le refus de la Colombe de poursuivre la rencontre malgré les injonctions du trio arbitral.

La Fédération rappelle fermement que l’appréciation technique des faits de jeu relève exclusivement de l’autorité de l’arbitre et que toute contestation d’une décision arbitrale doit s’exercer dans le cadre des voies réglementaires prévues à cet effet. La décision relative à l’homologation du match, à l’attribution éventuelle du trophée et à la prise des sanctions disciplinaires relève exclusivement des prérogatives des instances juridictionnelles. Le message est limpide : la Colombe ne sortira pas de cette affaire sans séquelles.

L’arsenal réglementaire : cinq sanctions sur la table

C’est ici que le dossier prend une tournure potentiellement dramatique pour le club de Sangmélima. Selon les statuts de la Fecafoot, une équipe qui se retire volontairement du stade peut encourir des sanctions allant de la perte du match sur score de 3-0, à une amende financière importante, à la perte de points au classement, à une suspension de compétitions nationales ou internationales, voire à l’exclusion pure et simple de la compétition en cours dans les cas les plus graves. Cinq épées de Damoclès suspendues au-dessus de l’Oiseau du Sud, dont certaines cumulables.

La thèse de la Colombe : un arbitrage corrompu

De son côté, le club du Sud n’a pas tardé à se défendre. Dans un communiqué signé par le Secrétaire général Jérôme Aimé Mvomo Andjongmo, la Colombe a justifié sa décision de retrait à la 67e minute comme une forme de protestation contre des décisions arbitrales répétées et injustes.

Le club va même plus loin dans ses accusations. La Colombe évoque l’attitude de « l’élite majeure du Ndé », affirmant que lors de deux confrontations récentes, des membres de ce groupe seraient entrés dans les vestiaires à la mi-temps pour échanger avec les officiels, avant que des décisions controversées ne soient prises en seconde période. Des accusations graves qui, si elles étaient établies, renverraient la balle dans le camp de la Panthère et de la Fecafoot elle-même

La Panthère contre-attaque, la tension monte

Au lendemain des déclarations de la Colombe et après la réaction de la Fecafoot annonçant la saisine des commissions compétentes, la Panthère Sportive du Ndé a publié à son tour un communiqué officiel le 27 février 2026. Le club de Bangangté conteste vigoureusement les accusations formulées contre lui et rejette toute idée d’ingérence ou d’influence sur le corps arbitral. La Panthère affirme sa volonté de défendre son honneur et celui de ses dirigeants, tout en se disant disposée à collaborer avec les instances compétentes pour que la lumière soit faite.

Le dossier est donc désormais triangulaire : la Colombe accuse, la Panthère nie, et la Fecafoot tranche. Un triangle potentiellement explosif.

L’ombre du Sénégal et le cas de conscience d’Eto’o

La scène du stade militaire a immédiatement ravivé un souvenir récent et embarrassant. Les supporters ont établi le parallèle avec la finale de la CAN 2025 au Maroc, où le Sénégal avait abandonné le terrain avant de retrouver le chemin du stade, grâce notamment à Sadio Mané. Sauf qu’il n’y avait pas de « Mané » ce soir dans les rangs de la Colombe.

Le cas de conscience est réel pour Samuel Eto’o. On se souvient qu’interrogé sur l’épisode sénégalais lors de la CAN, le président de la Fecafoot avait dit être de tout cœur avec le Sénégal, pointant indirectement les dérives arbitrales qui ont conduit à la situation. Mais depuis la scène nationale et ses arbitres, les plaintes à répétition n’ont jamais vraiment cessé. L’homme qui a défendu l’abandon sénégalais devra-t-il aujourd’hui sanctionner lourdement un abandon camerounais ? La réponse de ses commissions sera chargée de symboles.

Un précédent qui fera jurisprudence

Cette séquence relance surtout le débat sur la gestion des matchs à haute tension en Elite One. Dans un championnat en quête de crédibilité et de stabilité, chaque incident de ce type fragilise un peu plus la confiance des acteurs et des supporters. La décision de la Fecafoot est attendue avec impatience. Elle pourrait faire jurisprudence pour la suite de la saison.

Dans l’attente des décisions officielles, la Fecafoot invite les acteurs du football et les supporters des deux équipes à demeurer calmes et sereins. Le calme avant la tempête réglementaire. Car d’une façon ou d’une autre, le football camerounais devra rendre des comptes — à lui-même.

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