Reconversion : L’Anafoot sème l’avenir

Reconversion : L'Anafoot sème l'avenir

À Yaoundé, l’Académie Nationale de Football du Cameroun et Agri Sport ont signé un partenariat qui change la donne. Objectif : préparer les jeunes footballeurs à cultiver autre chose que des rêves de gloire. Entre formation sportive et initiation à l’agrobusiness, le ballon rond s’ouvre désormais à la logique de la chaîne de valeur.

Née en 2020 au Cameroun, Agri Sport se définit comme une plateforme passerelle entre sport et agriculture. Mais l’ambition va plus loin que la simple sensibilisation. Il s’agit d’initier les jeunes à l’approche « chaîne de valeurs » de l’agrobusiness : production, transformation, distribution, logistique, financement.

« L’agriculture, c’est du passé. Aujourd’hui, c’est l’agrobusiness », explique Alex Michael Tanon, promoteur d’Agri Sport. Pour lui, un sportif qui commence à gagner de l’argent évolue souvent dans une bulle : le club prend tout en charge, les revenus affluent, la carrière semble interminable. Jusqu’au jour où surviennent la blessure ou la retraite.

Le constat est brutal : sans préparation, le retour à la réalité peut être violent.

Agri Sport veut intervenir en amont. Former dès la base. Structurer l’esprit entrepreneurial des jeunes. Leur montrer qu’investir dans un maillon de la chaîne agricole n’est pas un plan B, mais un levier stratégique.

L’initiative a d’ailleurs attiré l’attention de l’Union africaine, qui y voit un modèle potentiellement duplicable à l’échelle du continent.

ANAFOOT : dire la vérité aux familles

À l’ANAFOOT, le discours est sans détour. « Ce n’est pas tous qui vont réussir au football », martèle Enow Ngatchu, directeur général de l’institution.

L’Académie, créée pour structurer la formation élite, se heurte à une réalité : des centaines de jeunes rêvent de devenir le prochain Samuel Eto’o ou Roger Milla. Mais les statistiques sont implacables. Une minorité accédera au très haut niveau.

« Quand je suis au bureau, je vois des anciens footballeurs en difficulté », confie Enow Ngatchu. Son propre parcours en est l’illustration : une carrière modeste, un rêve professionnel non abouti, puis une reconversion par les études en Europe avant de devenir entraîneur et manager.

Le partenariat avec Agri Sport vise donc à intégrer, dans le cursus des jeunes pensionnaires, des rudiments d’agriculture et d’entrepreneuriat. Objectif : leur offrir une alternative crédible, qu’ils deviennent professionnels ou non.

Créer un pont entre stars et supporters

Au-delà de la formation, Agri Sport ambitionne de créer un écosystème. Les jeunes supporters, nombreux à pratiquer le football sans perspective claire, constituent un vivier inexploité.

L’idée : que les sportifs établis investissent dans l’agrobusiness et deviennent mentors. Qu’ils financent des micro-projets. Qu’ils soutiennent des initiatives portées par ces jeunes souvent au chômage.

Le sport attire, fédère, influence. L’agrobusiness structure, nourrit et génère de la valeur. Le pont entre les deux peut devenir un accélérateur social.

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Analyse : un virage structurel pour le football camerounais

Ce partenariat intervient dans un contexte où la question de la reconversion des athlètes reste marginale dans les politiques sportives africaines. Longtemps, la performance immédiate a primé sur la planification de carrière.

En s’alliant à Agri Sport, l’ANAFOOT envoie un signal fort : la formation ne se limite plus au terrain. Elle englobe désormais l’après-carrière, l’investissement et l’autonomie économique.

Dans un pays où le chômage des jeunes demeure élevé, l’intégration de l’agrobusiness dans le parcours sportif peut devenir un modèle hybride : produire des talents sur la pelouse, mais aussi des entrepreneurs hors des stades.

Une vision sur la durée

Enow Ngatchu l’assure : Agri Sport n’est qu’un début. D’autres partenariats suivront. La logique est celle d’une stratégie à long terme.

Le football camerounais a longtemps vendu des rêves. Désormais, il veut aussi construire des trajectoires. Entre crampons et culture de la terre, l’ANAFOOT et Agri Sport tracent une nouvelle ligne de jeu : celle de la responsabilité et de la durabilité.

Une signature, oui. Mais surtout, un changement de mentalité.

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